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Crowdlending et Crowdsourcing : le cocktail gagnant ?

Crowdlending et Crowdsourcing : le cocktail gagnant ?

Les chiffres du baromètre 2017 du Crowdfunding publié par Finance participatif France parus à la mi-janvier sont positifs : Le Crowdlending a connu une progression significative de ses volumes à faire pâlir d’envie toute PME avec plus de 100 % de croissance entre 2016 et 2017, passant de 97 M€ collectés à 195 M€.

Malgré cette progression phénoménale du financement participatif en prêt, il reste que les chiffres du baromètre 2017 étudiés à la loupe, témoignent finalement d'un succès mitigé du Crowdlending.


  • La partie « obligations » dont on peut discuter l’intégration parmi les prêts représente près de 60% de ce montant.
  • La croissance des seuls prêts marque le pas au cours du dernier trimestre (Source : crowdlending.fr- baromètre septembre 2017)
  • Cette croissance est le fait d’une poignée de plateformes dont la rentabilité reste encore à prouver
  • Et le Crowdlending ne représente toujours qu’une partie infinitésimale des crédits bancaires aux entreprises de l’ordre 2 000 Mds

Le Crowdlending ne tient pas encore toutes ses promesses


Phénomène né aux Etats-Unis avec le succès de LENDING CLUB, le Crowdlending s’inscrit dans le vaste mouvement de désintermédiation de l’économie, d’ubérisation de la banque ; il est poussé par des tendances sociétales fortes et les valeurs de l’économie collaborative (facilité d’usage, proximité, caractère ludique, utilisation d’internet et des réseaux sociaux etc.). En France, le Crowdfunding en général et le Crowdlending en particulier a vu le jour grâce à l’appui sans faille des gouvernements


Le Crowdlending n’a pas encore décollé :


Il existe certes un certain certes nombre de raisons facilement compréhensibles :


  • Le phénomène est récent (moins de cinq ans). De fait il n’est pas encore suffisamment connu du grand public et de la plupart des artisans, commerçants, PME ou ETI

  • Les autorités de tutelle sont vigilantes à juste titre - car il est nécessaire d’éviter les abus, défendre le consommateur, lutter contre le blanchiment et imposer un certain professionnalisme : leur lenteur cependant à délivrer les autorisations (CIP notamment), à élever les barrières financières à l’entrée et de facto à limiter le nombre d’acteurs limitent l’extension du phénomène.

  • Une réelle fiscalité incitative – à l’instar de la grande Bretagne – n’existe pas encore

Mais la difficulté à faire appel à du Crowdlending s’explique aussi par :


  • Un coût très élevé voire rédhibitoire. C’est certainement le cas pour toutes les entreprises saines qui pourraient y recourir. Pourquoi payer des taux d’intérêt élevés (supérieur à 7,0 % en moyenne- baromètre du mois de septembre précité et pouvant atteindre 10% à 12 %) alors que les taux des crédits à l’équipement accordés par les banques sont inférieurs à 2%, même pour des durées plus longues !

  • Les entreprises relativement saines ou un peu plus risquées c’est-à-dire cet ensemble important d’acteurs économiques qui seraient particulièrement éligibles au Crowdlending se voient délaissées par les plateformes ; celles-ci se rendent compte que le métier d’analyse du risque ne s’improvise pas et augmentent leurs exigences vis-à-vis des demandeurs. Les premières défaillances ont eu lieu et les organismes de consommateurs ont émis des critiques (CF étude publiée le 22 février par UFC-QUE CHOISIR).

  • Les startups – fortement demanderesses mais en manque de Track record (trois bilans requis !) ne rentrent pas dans le scope des plateformes

  • Les plateformes (les grandes notamment) ont dépensé des sommes importantes pour créer leurs propres outils, (plutôt que de mutualiser les coûts en faisant appel à une marque blanche aux fonctionnalités au demeurant souvent plus avancées). Elles ont un point mort élevé. Elles sont généralistes avec des ambitions nationales et par voie de conséquence, elles dépensent aussi beaucoup en communication. Elles cherchent à industrialiser le Crowdfunding en multipliant les volumes mais sans disposer toujours des processus, de l’expérience, du recul, ou du savoir-faire du banquier en matière d’analyse de risques. Poussées par des exigences de rentabilité et leurs actionnaires financiers, elles font du Crowdlending un produit principalement à haut rendement ; elles ont (vite) délaissé ce que le Crowdlending avait de séduisant : la notion de PARTICIPATIF ou de COLLABORATIF, lequel relève d’un état d’esprit différent de la finance traditionnelle.

En quelque sorte et en dépit de la brèche consentie par les pouvoirs publics au monopole bancaire, le Crowdlending est loin de répondre aux espérances suscitées ; Il est encore très loin encore de concurrencer un secteur bancaire puissant fort de 1800 ans d’expérience, disposant de moyens considérables et de coûts de refinancement négatifs … La seule utilisation d’internet et des réseaux sociaux ne suffisent pas différences. LE CROWDLENDING S’IL NE PARVIENT PAS A REINVENTER SON MODELE, c’est-à-dire s’il persiste sommes toutes à répliquer le modèle existant au mieux continuera à vivoter.


Le Crowdlending a un rôle à jouer


  • Les besoins des PME et ETI sont toujours considérables et les banques ne prennent pas fondamentalement de risque : elles accompagnent la croissance des entreprises, ce qui n’est pas la même chose.

  • Les prémisses de base à l’avènement du Crowdlending (ubérisation de l’économie, défiance envers la finance traditionnelle, tendances sociétales d’implication, de proximité etc.) n’ont jamais été aussi présentes.

Le Crowdlending est à ré-enchanter


Le Crowdlending s’est vite éloigné de l’état d’esprit qui a présidé à ses origines. Il n’est pas trop tard pour se rattraper. Le Crowdlending ne prendra son envol que s’il invente son propre modèle, s’il ne réplique pas (format « Canada Dry »), le modèle de la banque, s’il passe sur le plan sémantique du Crowdlending (prêt par la foule) au prêt PARTICIPATIF ou COLLABORATIF. Le Crowdlending a un bel avenir si les plateformes qui le pratiquent :


Prérequis 1: Réussissent à intéresser l’emprunteur en lui permettant non seulement de financer son projet mais « en même temps ☺ » à créer autour de lui une communauté, à fidéliser une clientèle, à recueillir des avis et des idées, à transformer les contributeurs en ambassadeurs, à tester le marché, etc.


Prérequis 2: Suscitent l’intérêt du prêteur tout autant par des sentiments communautaires, affinitaires, d’entre-aide, d’implication, de liberté de choix, de proximité et de « fun » que par le seul attrait de rendement élevés.


Prérequis 3 : Autorisent une prise de risque plus importante et in fine mieux maitrisée. Dans ce cadre, les plateformes spécialisées de type communautaires, régionales, thématique, affinitaires ont facilement vocation à remplir les deux premières exigences. Ce type de plateformes connaissent le métier, maîtrisent leur communauté, sont plus proches des porteurs de projets, maîtrisent a minima les activités à financer et leur l’environnement. Elles ont au regard des besoins un boulevard devant elles à condition qu’elles lèvent un minimum de fonds propres pour accompagner le développement de leur activité et se professionnaliser.


Toutes les plateformes (spécialisées et généralistes) sont si elles le souhaitent en capacité et à moindre frais de se doter d’utiliser les fonctionnalités existantes de Marketing participatif, du crowdsourcing et de l’OPEN INNOVATION, d’utiliser les fonctionnalités avancées du crowdsourcing pour satisfaire à ces séries d’exigences ; on citera la possibilité :


  • De séduire et d’intéresser le prêteur par le versement de contreparties non exclusivement financières (ex : bouteilles de vin, voyages, bons d’achat/codes promotionnels etc.)
  • D’organiser des campagnes innovantes type DUO (prêts et dons) et /ou qui permettent en cours de route au prêteur s’il le souhaite de faire cadeau des intérêts
  • D’utiliser avant- pendant ou après la campagne tous les ressorts du marketing participatif et de l’Open Innovation (Co- conception de produits, boites à idées, défis à relever, gamification, reconnaissance sémantique, test de marchés etc.)

On citera également en vue d’une maîtrise raisonnable du risque à conditionner le lancement de campagnes de prêt à la réussite préalable d’une campagne de prise de garantie auprès de son premier cercle – cas des crédits qui sont la grande masse compris entre 20 k€ et 200 k€
Il est clair que d’autres ouvertures sont encore à trouver. La technique n’est plus un problème ; la seule limite à tout cela, c’est l’imagination !


(1) depuis 5 ans, mais assez logiquement, il ne fallait pas s’attendre (et c’est un euphémisme) à l’appui des grandes associations représentatives des banques dans ce qui est clairement considéré comme une brèche au monopole des banques de prêter de l’argent (2) Possibilité de prêter 2000 € par personne et par projet (jusqu’à 5000 € s’agissant de prêts non rémunérés) - possibilité même pour des personnes morales de prêter à des entreprises (via l’émission de mini- bonds) - Possibilité de déduire fiscalement d’éventuelles pertes sur les gains réalisés par ailleurs en matière de prêt A tort sans doute – cf. Revue Banque du mois d’Avril 2014 qui déjà soulignait l’intérêt pour une banque de voir dans le Crowdfunding un moyen de répondre positivement à des demandes qu’elles ne veulent ou ne peuvent pas satisfaire, à améliorer le ratio détracteurs/prescripteurs, à développer une activité génératrice de commissions, à redorer même un blason parfois écorné… avec quel risque : aucun de se voir supplanter !