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Entretien : Zeste, la plateforme de financement participatif dédiée aux acteurs de la transition écologique, sociale et solidaire

Entretien : Zeste, la plateforme de financement participatif dédiée aux acteurs de la transition écologique, sociale et solidaire

Opérationnelle depuis 2016, Zeste est la plateforme de financement participatif de la Nef, première banque éthique de France. Dans le cadre d’une refonte de la plateforme lancée en 2018, la Nef a choisi de faire appel à MIPISE, leader français de la création de plateforme de crowdfunding en marque blanche et partenaire des acteurs de l’économie collaborative et solidaire. Entretien sur les nouveaux objectifs de Zeste avec Jean-Philippe Gönenç, Responsable Finance Participative et Ingénierie financière pour la Nef.

1) Zeste est une plateforme de financement participatif, projet développé par la Nef, pourriez-vous commencer par nous dire quelques mots sur cette banque éthique ?

La Nef est née il y a 30 ans, avec cette volonté de soutenir les acteurs de la transition écologique et sociale, de proposer un accompagnement à tout ce socle de projets alternatifs, qui étaient alors en marge du système financier traditionnel. Il faut savoir que le terme de banque éthique est arrivé tardivement, on parlait à l’époque de finance solidaire et c’est dans ce schéma que s’est formée la Nef. C’était au départ un simple système d’épargne et de crédit avec pour élément fondateur l’omniscience des projets financés, autrement dit cette capacité à fidéliser une communauté solidaire sur un modèle de transparence des transactions. Aujourd’hui la Nef s’est agrandie mais continue de garder cette ligne de conduite, c’est le socle sur lequel nous avons fondé notamment notre Manifeste.

Jean-Philippe Gönenç
Responsable Finance Participative et Ingénierie financière pour la Nef.

Tout d’abord la Nef se doit de respecter son caractère de banque éthique et transparente. C’est une fierté de pouvoir dire que nous sommes le seul établissement bancaire en France à publier l’intégralité des prêts que nous réalisons. C’est un véritable contrat moral que nous signons avec les épargnants, la Nef s’engage à toujours faire œuvre de transparence et ce dans toute circonstance.


Le deuxième socle sur lequel repose la Nef est de s’évertuer à financer la transition, soit toute démarche de transformation sociale qui agit en faveur de - ou qui soit au moins neutre pour - l’environnement, qui favorise la création et l’équilibre de liens sociaux, et enfin qui permet de développer la diversité culturelle.


"Donner les moyens à chacun de prendre une décision en connaissance de cause."

Il est également important de souligner que nous travaillons au cas par cas. Notre modèle de sélection des projets se fait sans grille de critères préétablie et chaque conseiller professionnel analyse le projet proposé en vérifiant deux segments : qu’il œuvre pour la transition écologique et sociale et que le client soit en phase avec son projet. La banque éthique n’est pas une banque morale qui vous dicte comment faire, non, son objectif est de donner les moyens à chacun de prendre une décision en connaissance de cause. La banque éthique n’est pas seulement une banque qui finance l’univers social et solidaire, c’est avant tout une banque qui va promouvoir une démarche de transparence et de pédagogie des circuits financiers.



2) Quelle est l’histoire de la plateforme de crowdfunding Zeste et quels types de projets accompagnez-vous ? Quels sont vos chiffres clés : nombre d'utilisateurs, nombre de projets, montants collectés depuis son existence ?

Afin de comprendre pourquoi une banque s’est pleinement engagée dans une démarche de crowdfunding, il faut brièvement revenir à la Nef pour qui deux facteurs ont été déterminants. Tout d’abord, il manque aujourd’hui une dernière pierre à notre édifice bancaire qui se trouve être le compte courant. C’est un produit bancaire paradoxal, à la fois rassurant et engageant pour le public, tout autant qu’essentiel pour une banque dans ses objectifs de développement. Cependant, lorsque vous faites de la finance éthique, c’est un produit très contraignant car il est le moins efficace en terme de transformation sociale. Créer une communauté d’acteurs fidélisés est un vrai enjeu pour une banque, même éthique. Le crowdfunding est apparu comme un complément naturel à la Nef, le moyen pour nous d’élargir le champ de résonnance des porteurs de projets de la transition écologique et de la transformation sociale. Une plateforme de crowdfunding est un outil simple, rapide et attractif, tout approprié pour accompagner des porteurs de projets encore au stade d’évangélisation de la banque éthique mais sensibilisés à d’autres formes de financement participatif. Cela nous a également permis d’ouvrir les portes de la transition écologique a un public plus vaste.


"Une plateforme de crowdfunding est un outil simple, rapide et attractif, tout approprié pour accompagner des porteurs de projets encore au stade d’évangélisation de la banque éthique mais sensibilisés à d’autres formes de financement participatif."

Après une version beta lancée il y a 4 ans ½, la plateforme Zeste a officiellement vu le jour en mars 2016. Aujourd'hui, nos chiffres font état de 42000 utilisateurs pour 333 projets soutenus et 2,2M d’euros de volumes de fonds collectés. Cela représente environ 1,8% du marché du crowdfunding en France, des chiffres qui sont très positifs, à la hauteur de nos objectifs. Le choix de s’orienter vers une démarche écologique, sociale et culturelle doit être un acte conscient et réfléchi, que ce soit pour les porteurs de projets comme pour les investisseurs, c’est le meilleur moyen pour rendre l’action pérenne.


L’ADN de Zeste est de favoriser les acteurs de la transition dans une démarche d’accès « open source » à la connaissance et de coopération, tout en gardant la ligne de conduite de la Nef qui est d’être un acteur référent en terme de transparence et de communauté sociale et solidaire. Zeste fonctionne aujourd’hui grâce au référencement naturel, nous n’avons pas encore lancé de communication grand public et, bien qu’intimement lié à la Nef, nous n’adoptons pas de démarchage commercial agressif vis-à-vis de ses clients : deux tiers des porteurs de projets de Zeste ne sont pas clients de la Nef et nous n’engageons rien en ce sens.



3) Quels sont vos objectifs et perspectives de développement pour Zeste ? Comment s’accordent-ils avec la Nef ?

Notre objectif financier cible est d’aboutir à 1,2M d’euros de collecte par an. C’est un montant symbolique et économique, afin d’agir toujours plus en faveur de la transformation sociale. En 2018, nous avons récolté 740 000 euros, nous étions à 570 000 euros de fonds collectés en 2017, c’est une croissance positive qui inaugure de belles perspectives pour Zeste et le financement participatif, au profit de la transition écologique, sociale et culturelle.


Afin de répondre à ces objectifs, nous avons plusieurs projets de développement pour Zeste. Notre premier plan stratégique serait de formaliser les partenariats que nous entretenons déjà avec les réseaux de notre écosystème, en faire des acteurs à part entière de Zeste. Il y a là un double intérêt, à commencer par offrir plus de visibilité sur la plateforme à tout cet écosystème de la transition, pouvoir les intégrer sur notre page d’accueil avec des liens qui renverraient vers des projets dédiés. Et ce, toujours dans l’optique d’organiser une communauté vertueuse et solidaire.


"Nous avons beaucoup d’ambition avec Zeste en qui nous voyons un moteur pour dépasser le « simple » crowdfunding et se réinventer, la transition doit être collective."

Un autre projet qui nous tient à cœur est la « Zeste Académie » qui prendrait la forme d’une base de connaissances la plus aboutie du secteur, pour tous les acteurs de la transition qui veulent faire du crowdfunding. Bien sûr un magasin bio n’a pas la même stratégie qu’une école alternative ou un maraîcher bio, il y a un vrai travail de recensement des besoins pour apporter des conseils personnalisés en fonction du profil client. D’où l’importance des partenariats cités plus haut avec qui nous souhaitons collaborer dans le développement de la « Zeste Académie ». A terme, on envisage une FAQ améliorée, des webinaires, des conférences en présentiels, on pense même à la création d’un incubateur : nous avons beaucoup d’ambition avec Zeste en qui nous voyons un moteur pour dépasser le « simple » crowdfunding et se réinventer, la transition doit être collective.



4) Pourquoi avoir choisi de migrer votre plateforme en ligne vers une solution telle que MIPISE ?

Zeste est vite devenu un produit à part entière de la gamme Nef, la plateforme représente environ 2% du chiffre d’affaire global de la Nef. Il a vite été établi que la plateforme initiale n’offrait pas les moyens de nos ambitions. La plateforme était entretenue mais n’évoluait pas et nous avions à charge la gestion en direct des prestataires - dont les établissements de paiement. C’était un travail de support et de suivi technique qui nous laissait peu de temps d’action pour être au plus près de nos clients. A l’été 2017, nous avons entamé une démarche de réflexion pour migrer vers une solution « clé en main ». Nous avons organisé une concertation afin d’identifier nos besoins essentiels, autrement dit une offre développée en mode Saas avec un portefeuille clients de qualité et qui soit pérenne. La plus grosse crainte quand vous démarrez un processus de migration est de confier les clés à une entreprise passible de faire faillite 24 mois après. Nous avons fait appel à un consultant en externe qui nous a proposé un benchmark de ce qui se faisait sur le marché, MIPISE est arrivé en tête de liste. La solution répondait à toutes nos exigences : un acteur proactif qui vient de réaliser une levée de fonds - gage de confiance dans leur business plan, de bonnes références clients et une prise en charge globale de la plateforme tant sur la partie technique qu’en expertise juridique et financière. Un critère indispensable sur lequel nous avions mis l’accent, afin de pouvoir nous concentrer sur l’accompagnement des porteurs de projets et des investisseurs de Zeste.


"Il fallait que la migration puisse s’opérer sans interruption dans les processus de collecte en cours, afin que les campagnes en place sur Zeste ne subissent aucun contre temps. Pari tenu, la migration a été effective en janvier 2019, sans aucun moment de latence."

Nous sommes entrés en contact avec MIPISE, leur avons fait part de nos attentes et de nos points de vigilances, il fallait que la migration puisse s’opérer sans interruption dans les processus de collecte en cours, afin que les campagnes en place sur Zeste ne subissent aucun contre temps. Pari tenu, la migration a été effective en janvier 2019, sans aucun moment de latence. Nos porteurs de projets se sont réveillés un beau matin avec une plateforme simplifiée, mutualisée et force de créativité et d’évolution.


5) La Nef est une banque à forte valeur éthique, comment inclure les banques plus « traditionnelles » dans un écosystème de financement participatif ? Banques et plateformes en ligne peuvent-elles travailler ensemble ?

Il existe une synergie vivante au niveau économique, un banquier à tout intérêt à ce qu’un porteur de projet ait eu recours à une plateforme de financement participatif. Grace au crowdfunding, le porteur de projets bénéficie d’un apport en fonds propres ainsi que d’une étude de marché qualifiée sur la viabilité de son projet auprès du public ; deux arguments qui ont vocation à sécuriser l’opportunité d’investissement côté banque.


Est-ce qu’une banque a un intérêt à créer une plateforme de crowdfunding ? Il y une logique évidente à travailler ensemble, pour les banques c’est se rapprocher du terrain, de l’état d’esprit du moment, et agir avec des acteurs actifs, toute banque doit être citoyenne. Le crowdfunding ne doit pas avoir l’intention de disrupter le marché, mais doit montrer la voie aux banques traditionnelles, comment les engager dans une démarche citoyenne et vertueuse, comment agir en transparence ; a contrario, le crowdfunding doit pouvoir bénéficier de manière complémentaire de la mutualisation des risques qu’offre la banque.



6) Quels sont pour vous les apports des outils digitaux à l’économie sociale et solidaire ? Comment le numérique sert-il l’innovation sociale ?

Pour se développer, l’Economie Sociale et Solidaire, dans son ensemble, a besoin d’outils de gestion collaborative. C’est un secteur qui doit dépasser le cadre de la communication verticale et s’engager vers ce qu’on appelle du « bottom up », laquelle nécessite une communication en réseau. Les nouvelles technologies sont une réponse à ces enjeux, elles viennent compléter la gouvernance participative, les réunions, la démocratie engagée, etc… Elles apportent de nouvelles opportunités de mise en réseaux et de collaboration grâce à des outils collectifs, facilement accessibles et porteurs d’innovations.


"Crowdfunding, Crowdsourcing, Crowdimpacting etc… il faut voir le numérique comme un accompagnement et une valeur ajoutée au réel."

La vie coopérative a besoin d’outils virtuels pour se réinventer. Crowdfunding, Crowdsourcing, Crowdimpacting etc… il faut voir le numérique comme un accompagnement et une valeur ajoutée au réel. I y a toutefois un point de vigilance à garder à l’esprit : le numérique ne doit pas se substituer au réel. Nous devons privilégier l’ancrage citoyen puis le développer grâce aux outils de l’innovation technologique. C’est que nous essayons de faire avec notre plateforme de financement participatif, Zeste.


Propos recueillis par Camille Costantini


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